Rock ou Metal, pourquoi choisir ? Review du concert de Barathon Lane & Vicious Vision

La musique est un mélange d'influences donnant sans cesse naissance à des genres et des sous-genres et il est intéressant de noter que des groupes officiant dans des registres très différents possèdent des influences communes. Des styles aussi éloignés que le groove metal et le rock alternatif sont finalement reliés par des ponts qui nous prouvent la parenté commune des musiques dites "électriques".
C'est ce que nous ont prouvés Barathon Lane et Vicious Vision lors de leur concert du 30 janvier à Casablanca, dans la très belle salle de l'Institut Culturel Français.

Commençons par les Barathon Lane puisqu'ils sont les premiers à monter sur scène. Ce trio casablancais de rock débute par une introduction instrumentale qui rappelle un certain Jimi Hendrix. Cette ressemblance s'explique par la mise en avant de la guitare comme instrument solo et par les lignes de basses très « bluesy ».

La basse est d'ailleurs,à mon avis, l'instrument principal dans les compositions du groupe. Le bassiste Ayoub est très bon musicien et passe haut la main l’épreuve du Live. Son jeu est le pilier rythmique du groupe et il apporte beaucoup de mélodie à l’ensemble. Bien sûr, apprécier la basse dans Barathon Lane est possible parce que la guitare est très bien utilisée.

Youssef est ce que j’appelle un guitariste intelligent. Son instrument apporte toujours un plus à la musique que ce soit lors des passages rythmiques, qui ne reprennent pas simplement les lignes de basses, ou lors des parties solo, toujours nécessaires et qui apportent un vrai dynamisme à la prestation scénique. Il faut bien comprendre que Youssef passe des arpèges en son clean, aux rythmiques distordues et se retrouve souvent en situation de lead. L’exercice n'est pas simple et je voudrais souligner encore une fois l'intelligence du groupe qui ne fait que des choses utiles à sa musique et bien maîtrisées. Comprenez par là que nous sommes loin du syndrome du « gratteux » qui envoie mais qui rate une note sur deux.

Fait intéressant, est que Youssef est aussi le chanteur du groupe, et qu'on peut reprendre la même analyse. Certains passages rappellent les Smashing Pumpkins, d'autres les Queens Of The Stone Age, les lignes de chants sont variées d'un morceau à l'autre et encore une fois tout cela est fait correctement, sans prise de risques inutiles. Malheureusement la voix était trop en avant à mon goût et sans aucun effet, la rendant très « cassante » et finalement trop indépendante du mix.
Si le chanteur gère très bien sa prestation sur scène, il fait beaucoup de choses à lui seul. Le gaillard chante dans différents registres, joue de la guitare rythmique, se met en avant lors des solos, communique avec le public, encore une fois de manière efficace: des phrases très courtes séparant les morceaux. Il est aussi le plus dynamique des trois sur scène. Il porte carrément la prestation à lui seul et visuellement (un concert étant autant musical que visuel ) le show bascule peut être un peu trop de son côté. Un second guitariste par exemple pourrait équilibrer le spectacle.

Le batteur, Alex,  possède un jeu solide et des lunettes de soleil roses. Ce choix de couleur n'a aucune influence sur sa frappe, lourde, très lourde ! Il est membre du groupe depuis peu et il prend de plus en plus d'assurance. Il participe aussi pour la première fois aux backing vocals. On notera juste quelques flottements côté batterie en fin de concert, mais qui ont été gérés par le trio avec brio.

Beaucoup de bonnes choses pour Barathon Lane donc ! Une prestation bien menée qui aurait méritée à mon avis un volume plus élevé et un public plus réactif. Bien que les premiers rangs aient pas mal bougés, le public était assez en retenu. Il ne faut en aucun cas en tenir rigueur au groupe puisqu'une partie des spectateurs sont là pour Vicious Vision, et sont assez peu dynamiques pendant le premier concert. D'ailleurs, une petite partie du public quittera la salle à la fin du très bon show de Barathon Lane.

 

 

On débranche, on rebranche, un changement de plateau et Vicious Vision prend possession de la scène de l’institut culturel français. Ils sont quatre, ils sont casablancais et ils aiment beaucoup Pantera. En effet le groupe américain sera souvent cité dans les lignes qui suivent tant son influence se fait sentir.
Dès les premières notes on est surpris par le volume, beaucoup plus élevé que pour le groupe précédent. La guitare est d'ailleurs beaucoup trop forte à mon avis, couvrant largement les autres instruments. Et tant qu'on parle de guitare, Yassine monte sur scène avec une très jolie Razorback, un modèle signature Dimebag Darell, légende du metal et défunt guitariste de... Pantera. Le moins que l'on puisse dire c'est que Yassine respecte cette guitare racée en faisant hurler les harmoniques artificielles. Les riffs sont puissants et efficaces. Le guitariste est au point rythmiquement, mais desservis par un son en façade trop brouillon. De manière générale, si vous êtes fan de Pantera et de Zack Wylde vous devriez apprécier son jeu.

Au chant bien sûr, on retrouve Joao Paolo, que les métalleux casablancais connaissent bien. Toujours convaincant dans le registre extrême, sa voix ne va pas trop dans les graves et reste musicale, autant que le style le permet. Et si vous doutiez de l'importance de Pantera dans les influences du groupe, notre Joao Paolo national porte un tshirt Damageplan, groupe fondé par les frères Abott à la suite de l'arrêt de... Pantera ! 

J'ai ensuite beaucoup apprécié l’attitude scénique de Walid à la basse. Casquette aux couleurs américaines, pied sur le retour et jeu au médiator, le look parfait du bassiste de southern metal. Il a apporté beaucoup de dynamisme au show par ses déplacements sur la scène ou son headbang en rythme. Il nous offre même des passages joués aux doigts.

J’évoquerais enfin la batterie, réellement impressionnante mais que j'aurais du mal à juger honnêtement tant elle était en retrait dans le mix. J'ai plus vu qu'entendu qu'Azzedine maîtrisait l'art de la batterie metal et j'ai hâte de le voir de nouveau dans quelques jours à Rabat, lors du « tribute show to lemmy ».

Globalement, Vicious vision propose des morceaux accrocheurs et font réagir le public, même si les temps morts entre les morceaux étaient trop long et cassent un peu le rythme selon moi. Le groupe nous gratifie de deux reprises. Overkill de Motorhead que j'ai trouvé très réussie et une reprise de...Pantera ! Non pas cette fois laugh, nous avons plutôt eu droit à Purple Haze de Jimi Hendrix, que je citais comme influence de Barathon lane quelques lignes plus tôt. Il existe donc bien de nombreux ponts entre les différents genres musicaux.

 

 

 

Des styles différents avec un public différents, mais qui ont plus en communs que les effets de guitares ou le chant ne le laissent à penser. Finalement, nous avons assisté aux performances de deux groupes qui ont la même structure à savoir trois instruments et un chanteur, et faisant partie des très nombreux enfants du Rock'n'Roll.

Comme d'habitude, merci aux artistes, au public ainsi qu’aux organisateurs.
Qu'il est agréable d'être Rockeur à Casablanca en ce début 2016.