Interview de Nao et Monz de Lazywall - Concert

Lazywall ont donné en marge de leur conférence de presse qui s'est tenue le 22 Octobre au B Rock de Casablanca un concert acoustique de toute beauté. Nous avons pu faire une courte interview avec Nao et Monz, deux des membres du groupe juste après la fin de leur show.

 

#AnaAmina est votre toute première chanson en Darija, alors que vous chantez d’habitude en Anglais. Est-ce un tournant dans votre manière d’aborder l’écriture des paroles et une volonté de toucher un autre public ?

Nao :

Pour des morceaux comme celui-là avec un message profond qui concerne toute la société marocaine, oui. On est en train de penser à traduire d’autres morceaux comme « Never Again », car ça touche au sujet sensible de la corruption.

 

Les thèmes qui toucheront au social marocain on va essayer de les réadapter et les mettre en Darija, pour être certain que le message soit compris de tous. Un exemple, lorsqu’on a sorti la première version de #AnaAmina (qui s’appelait 475, ndlr) certaines personnes ont écrit des commentaires sur notre page pour dire qu’il ne fallait pas toucher à la religion, alors que la chanson n’avait absolument rien à voir avec ce sujet-là…

Dans le clip, deux choses nous ont intriguées. Tout d’abord le fait que Monz soit en permanence de dos, et aussi le fait que plusieurs personnes sont pieds nus. Qu’est-ce que cela signifie ?

Monz :

Ca fait partie des idées un peu improvisées pendant le tournage. Le fait que je sois de dos symbolise que beaucoup de gens tournent le dos aux personnes victimes de viol et d’autres injustices. Pour ce qui est des pieds nus, c’est un clin d’œil à une rumeur qui tournait autour de l’album « Abbey Road » des Beatles qui disait que Paul Mc Cartney était mort parce qu’il était pieds nus sur la photo. C'était censé représenter la mort car les défunts sont enterrés pieds nus en Inde, et que les Beatles étaient connus pour y passer du temps à cette époque.

En résumé les pieds nus dans le clip sont une manière de représenter la mort …

Vous faites partie des pionniers du Hard Rock moderne au Maroc, avec une présence de plus de 10 ans sur la scène marocaine, 4 albums et 1 E.P à votre actif. Comment vous voyez l’avenir de la musique et du rock, et qu’est-ce que vous pensez de la nouvelle scène ?

Nao :

Tout ce que j’ai écouté ces derniers temps est vraiment top, non seulement musicalement mais aussi mélodiquement. Je suis très orienté mélodie et j’ai écouté par exemple quelques morceaux de Barathon Lane récemment sur Youtube que j’ai beaucoup aimé, et je viens d’obtenir une copie de leur album que j’ai hâte d’écouter.

Pour ce qui est du futur de la musique et du Rock au Maroc, il faudrait un peu plus d’appui de la part des médias. Par exemple un présentateur radio qui mise sur le Rock marocain. Au lieu de ne passer que du Rolling Stones ou Kansas, qu’il puisse passer par exemple du Barathon Lane, du Vicious Vision etc…

... Et du Lazywall peut être pour commencer ?

Nao :

(Rires) Du Rock marocain d’une manière générale, et même si les groupes chantent en anglais. Au Maroc c’est presque un handicap de chanter en anglais, car les marocains ont une envie profonde de comprendre ce qu’on dit. Il y a déjà eu un débat en France et en Espagne dans le passé, de savoir si il fallait plutôt chanter dans la langue du pays ou en Anglais ou une autre langue, mais la réalité est que quand un groupe propose de la bonne musique, peu importe la langue le public répond présent.

Dans les radios marocaines, c’est super de passer du rock des années 60, c’est même une bonne chose pour l’éducation musicale des marocains. Mais il y a des choses qui se passent aujourd’hui et ici, au Maroc. Je suis persuadé que si un présentateur radio prend sur lui par exemple de passer durant une heure par semaine du Rock marocain, ça peut marcher. Mais il faut quelqu’un qui aie les c****les de le faire…

Qu’est-ce que vous pensez de la commercialisation de la musique au Maroc ?

Nao :

Parce qu’elle existe ? Où ? Combien de CD vendent les artistes ? Pour dire les choses clairement dans nos concerts on met nos CDs en vente et on n’en vend pas beaucoup. Donc ce n’est même pas une question de vente de CDs. La question c’est est ce que les gens vont écouter ta musique. Nous avons décidé de mettre en ligne gratuitement notre musique sur Internet, et pourtant il n’y a presque pas de téléchargements.

On vit dans une époque où les gens n’achètent plus et ne download plus. Les gens écoutent directement la musique sur Youtube qui est aujourd’hui le plus grand lieu d’écoute au monde. C’est pour cette raison que c’est intéressant de faire des Vidéo Clips.

Même les labels ont conscience de cette situation et essaient de mettre la main sur le cachet des artistes, car ils ne gagnent plus d’argent sur la vente d’albums. Ils préfèrent se dire « on prend 30%  à chaque concert sur votre sueur ».

Les grands artistes de la scène marocaine, où est ce qu’on les voit ? Est-ce qu’il y a des pubs à la radio ou la télé pour leurs albums ? On les voit pendant les Festivals à la limite…

Si l’on compare votre dernier album Square Minds in Round Heads par rapport au reste de votre discographie, on se rend compte qu’il est beaucoup plus doux. Est-ce que Lazywall est en train de se calmer et de se diriger vers une carrière de Pop Rock ?

Nao :

(Rires) En fait, l’album précédent « Aporia’s Bane » était un album très puissant, parce qu’on écoutait à l’époque beaucoup de Slipknot et on s’en est inspiré. Il y avait beaucoup d’utilisation de double caisse, de triplets etc. On a donc eu la volonté de faire un album plus calme avec beaucoup de guitare acoustique. On en retrouve dans chaque morceau.

Par contre on a commencé les enregistrements des maquettes du prochain album et on peut déjà vous dire que ça sera beaucoup plus puissant.