Interview de Bachir Belhamri des Spirit's Band.

Spirit's Band est un groupe de fusion casablancais qui a été créé il y a près de deux ans. Ils joueront pour la clôture de la 5ème édition du Festival Noujoum Gnaoua de Casablanca le Dimanche 23 Août prochain sur la Places des Nations Unies. Nous avons saisi l'occasion pour interviewer Bachir Belhamri, le bassiste du groupe.

Bonjour Bachir, tout d'abord, merci d'avoir accepté cette interview. Peux tu nous parler de Spirit’s Band et nous présenter ses membres ?

Spirit's Band  a été fondé en fin 2013 par Soufiane Zine, qui est le chanteur du groupe, après avoir été influencé pendant plusieurs années par son frère Anass Zine, qui était également chanteur au sein du groupe Gnawa Click. 

 

 

Il a fini par se lancer dans l’aventure et suivre les pas de son frère en invitant ses copains d’école, Adam (batteur) et Hamza (Guitariste), ainsi que son ami Reda (Percussionniste). Il ne manquait plus qu’à trouver un bassiste, et c’est là qu’ils m’ont contacté même si j’étais guitariste à la base.

Comment définirais tu le style de Spirit’s Band ?

Nous sommes un groupe de fusion avec une tendance de plus en plus funky. On a pris un répertoire Gnaoui et on l’a converti en funk, en s’inspirant des mâalams traditionnels, des Gnawa Diffusion, de Gnawa Click et en même temps de groupes occidentaux comme Jamiroquai, Red Hot Chili Peppers etc… Au final la basse prend un peu la place du Guembri dans une troupe de Gnaoua traditionnelle.  

Sacré mélange ! D’où vous viennent toutes ces influences ?

Au sein du groupe chaque membre avait son propre style avant d’intégrer Spirit’s Band, ce qui nous a permis de développer un style de fusion très riche. Par exemple, Soufiane avait une influence plutôt Gnawa/Reggae, Reda & Hamza sont plutôt Gnawa/Rap, Adam lui est entièrement inspiré par l’art Gnawi, et pour ma part j’ai un background plutôt Rock/Blues.

A part moi qui m’inspire essentiellement de mon père qui est multi-instrumentiste et dont j’ai appris le rock et le blues, le reste des membres du groupe s’inspirent énormément des mâalams et de Gnawa Diffusion, vu qu’ils sont tous les quatre natifs de l’ancienne médina de Casablanca, quartier très populaire connu pour sa culture tagnaouite.

Comment se sont passés vos début sur scène ?

Grace a Réda qui se trouve être président de l’association AJEAD (Association Jeunesse d’Education d’Art et du Développement, ndlr), on a pu créer des événements et des concerts qui ont accueilli régulièrement plus 250 spectateurs.

Le Groupe s’est fait connaître petit à petit grâce à ces concerts, précisément dans l’ancienne médina où le mot passait rapidement auprès des gens dès qu’on annonçait une date.

Après un an de concerts, on est devenu de plus en plus proches, chacun transmet son style et son savoir aux autres, on a pu progresser ensemble tout en apprenant d’autres styles et techniques.

Avez-vous des compositions ou un album déjà prêt ?

A part le répertoire gnaoui que nous reprenons, nous avons composé nos propres morceaux. Nous en avons 7 aujourd’hui qui traitent des problèmes sociaux d’actualité : chômage, immigration clandestine, la modernité qui a démoli notre culture, le phénomène  « Tcharmil », le Gouvernement, les Médias etc… Le tout avec des paroles sarcastiques inspirées de notre quotidien.

Justement, quelle est votre démarche pour créer votre propre musique ?

La démarche pour créer notre musique est assez c’est simple. Nous choisissons d’abord le sujet, puis des accords au hasard, un thème musical du morceau et ça sonne bien en général.

Peut-être que ça peut paraître ridicule vu qu’on ne respecte pas de méthode spécifique pour la composition, mais l’essentiel pour nous c’est que nos morceaux portent un message non seulement aux amoureux de la musique mais à tous les citoyens du royaume.

Arrivez-vous à vivre de votre art aujourd’hui ?

Vivre un jour de notre art me semble totalement impossible, c’est aussi la réponse de presque tous les groupes du Maroc, sauf pour ceux qui évoluent dans la musique Chaâbi. Là on peut en faire son gagne pain. Tant qu’il n’y a pas de producteurs, de maisons de disque, de formations professionnelles, des études musicales académiques avec des diplômes, on ne pourra jamais vivre de notre art.

C’est la raison pour laquelle nous laissons la musique en second plan et non comme une source principale pour vivre. C’est le cas de la plupart de nos amis les musiciens. Si on gagnait  de l’argent grâce à notre passion, on considérerait ça comme une priorité et on pourrait progresser aussi bien techniquement que théoriquement pour pouvoir pourquoi pas nous rapprocher du niveau de groupes internationaux.

Malgré tout ça nous dépensons  notre argent pour avoir un bon matériel. Il y a même des concerts qu’on a organisé et qu’on a payé de notre poche pour que l’événement soit bon, à savoir la location de matériel, la sécurité etc… C’est notre passion et on la vit à fond.

Ca semble être un constat assez pessimiste… Ca n’affecte pas votre moral ?

Je pense que le fait d’avoir conscience qu’on ne peut pas vivre de notre art, a un impact direct sur le niveau de la création musicale dans notre pays. C’est déjà très difficile de trouver un équilibre entre le travail ou bien les études, et la passion, sans parler des obstacles qu’on a pu rencontrer durant ces 16 mois d’existence en tant que groupe et qui rendent parfois malade : des techniciens de son qui ne savent qu’augmenter ou baisser le niveau de sortie, des créateurs d’évènement qui nous invitent et nous demandent d’apporter une batterie et des amplis de guitare et de basse…

C’est drôle mais c’est triste en même temps de voir des intrus et des imposteurs démolir notre passion, sachant qu’en l’occurrence, on ne demandait pas de cachet, mais seulement une bonne sonorisation pour passer un bon moment avec le public et assurer un show de qualité…

Qu’en est-il de votre actualité alors ?

Dernièrement on commence à apparaître sur de grandes scènes, avec une bonne sono, un bon public, une belle ambiance et un cachet acceptable, ce qui nous motive à continuer à nous donner à fond avec Spirit’s Band, d’enregistrer nos morceaux.

D’ailleurs nous sommes en plein enregistrement, et nous promettons à toute la Spirit’s Family qu’on ne va pas arrêter de créer notre propre musique, et qu’on va continuer d’apporter notre touche pour améliorer le style Gnaoui et le faire découvrir au Monde entier.

Merci de t’être prêté au jeu, je te laisse conclure cette interview, as-tu quelque chose à ajouter ?

Je tiens à remercier Amplify.ma pour l’interview. Nous apprécions le concept, et l’aide que le site apporte aux groupes au Maroc en diffusant l’information de la scène musicale.

Pour les fans, on vous donne rendez-vous Dimanche 23 Août pour notre concert sur la Place des Nation Unies  durant le Festival Noujoum Gnaoua. ITOUUUUUUB !