Album Review du groupe de hardcore punk Struggle Session

Aujourd'hui, je te fais découvrir un groupe et un album venus de loin… très très loin de notre beau Maroc. Ils s’appellent Struggle Session, jouent du Hardcore Punk / Fastcore, et sont basés en Chine. Ils ont sorti en Juin 2017 un album en partenariat avec un autre groupe Chinois qui répondent eux au petit nom de Die!ChiwawaDie.

Qu’est ce que tout ça a à voir avec Amplify et le Maroc me diras tu ? A première vue pas grand chose, mais il y a bel et bien un lien très fort entre Struggle Session et le Maroc, et ce lien s’appelle Aaron Moniz.

AARON MONIZ :

Avant de parler de Struggle Session, quelques mots sur cette personnalité qu’est Aaron et qui a clairement marqué l’histoire de la scène musicale underground marocaine à tout jamais.

Originaire du Canada, Aaron est arrivé au Maroc en 2010 et a très vite intégré la scène locale en créant le groupe de Hardcore Punk W.O.R.M qui restera en activité pendant plusieurs années, et dans lequel il jouait en tant que batteur.

Non content d’avoir lancé certainement un des premiers groupes du genre au Maroc, et après avoir fait la connaissance de Mamoun Belgnaoui, ils décident de se lancer dans un projet de groupe de Death Metal en 2012, qui deviendra par la suite la formation de Melodic Death Metal Into The Evernight, avec qui ils remporteront la première place du Tremplin des Jeunes Musiciens en 2014, et joueront également sur la grande scène du Festival L’Boulevard la même année.

Parce qu’il devait sûrement s’ennuyer, ou parce qu’il est complètement boulimique en matière de musique, Aaron a également rejoint en 2013 le groupe de Rapcore / Djent Chemical Bliss aux côtés de Hamza Khalili, cette fois ci en tant que bassiste. Bien que ça ne soit pas son instrument principal, il a trouvé sa place au sein de la formation grâce à son énergie débordante et son jeu de scène explosif qui collait bien à l’ADN de Chemical Bliss.

En 2015 enfin, il est invité à rejoindre un de ses groupes préférés de Hardcore, Riot Stones, auquel il a apporté une touche de vélocité et des jeux de double caisse qui ont permis de renforcer encore plus le son du groupe.

En parallèle de son (hyper)activité musicale, Aaron Moniz a également organisé deux éditions d’Art Less, un festival de musique, skateboard et graffiti.

Après s’être marié, il s’est envolé en Chine laissant derrière lui un bel héritage musical, et joue actuellement dans 3 groupes de Hardcore, et travaille dans une école internationale.

STRUGGLE SESSION :

Anciennement appellé Dress Code, le groupe Struggle Session s’est produit sur scène pour la première fois en Mars 2016 dans la ville de Beijing (Pekin) en Chine, autour de 4 musiciens chevronnés et expérimentés.

  • Aaron à la batterie et au chant, que nous venons de vous présenter.
  • Alf à la basse et au chant, qui est également membre du groupe de Grindcore Australien Scrotal Vice.
  • Nevin à la guitare et chant, également guitariste pour au sein de plusieurs projets, dont le groupe de Hardcore Fanzui Xiangfa, et qui détient deux des plus gros labels en Chine
  • Oliver au Chant, anciennement membre du groupe Handed to the Thousands

 

Ils se décrivent eux même comme étant un groupe de Fastcore « brutalement fun » venu de la capitale de la Chine, ce qui est une excellente manière de résumer les choses Bien qu’ils ne soient pas à proprement parler politisés, ils se revendiquent anti-racistes, anti-sexistes et anti-homophobes. Leur message global appelle à être sois même, et faire ce qui nous rend heureux, en se libérant des pressions sociales qui empêchent d’aller dans ce sens, et en particulier quand on vit dans une grosse ville avec son lot de stress, de pollution et de grisaille.

Plutôt orienté scène, c’est dans cet environnement qu’ils se sentent à l’aise et qu’ils lâchent toute leur énergie à la fois brutale et positive. Leur marque de fabrique : s’accrocher aux plafonds, jouer au milieu du public, et accessoirement jouer nus…

Ils font partie des groupes les plus connus et les plus actifs de la scène Hardcore Punk DIY, comprenez « Do It Yourself » (traduction : faites le vous même). Pour la petite histoire, il s’agit d’un mouvement très en vogue en Chine, qui consiste à gérer tous les aspects de la vie du groupe en faisant appel à des techniques artisanales et informelles, et en mettant à contribution les artistes locaux et les moyens du bord, au lieu de chercher à tout faire faire par des entreprises spécialisées et avec de gros moyens.

Même chose pour les concerts qui sont organisés dans des lieux de Jam, ou même dans des squats plutôt que dans des salles de concerts ou des bars. Un mode de vie à part entière revendiqué par ces groupes dont Struggle Session font partie, et qui commence à trouver un écho dans le monde entier …

L’ENREGISTREMENT :

L’album a été enregistré chez Genjing Records à Beijing, maison d’édition spécialisée dans les Vinyls des artistes Chinois issus de la culture DIY, tout en laissant tous les droits à ces derniers.

L’album est organisé en deux faces : une face A sur laquelle on retrouve un autre groupe très important de la scène Hardcore Punk DIY, Die !ChiwawaDie !, originaires de Guangzhou dans le sud de la Chine, et qui détiennent le label Oiii Snack Records. La face B comprend l’album de Struggle Session.

Le choix de faire un album joint s’est fait pour que les deux groupes puissent promouvoir leur propre travail, ainsi que celui de l’autre. En effet, Struggle Session et Die !ChiwawaDie ! ont fait connaissance à l’occasion d’une tournée de 4 dates dans le sud de la Chine et sont devenus très proches, ce qui les ont conduit à se lancer dans cette démarche de promotion mutuelle.

Le processus de création est bien huilé chez Struggle Session malgré le jeune âge de la formation. Ils se donnent pour objectif de créer une musique qui soit encore inédite en Chine, en mélangeant leurs différentes influences, et en veillant à ce que les chansons qu’ils composent ne se ressemblent les unes aux autres.

Pour recréer la sensation de prestation en Live, l’enregistrement s’est fait un studio mais à la manière d’un concert, avec des prises uniques, et tout le groupe qui jouait en même temps, ce qui est en quelque sorte une prouesse, car tous les artistes qui ont eu l’occasion d’enregistrer en studio savent qu’il est très difficile de jouer ses morceaux à la perfection du début à la fin sans avoir à recommencer.

L'ALBUM : 

La première chose que je peux dire sur l'album, c'est que c'est un travail de professionnels, fait par des professionnels. Le son est d'excellente qualité, et le mixage fait dans les règles de l'art, par un studio qui sait ce qu'il fait, et un groupe qui sait ce qu'il veut.

Il est composé de 8 morceaux dont la tracklist est la suivante : 

1. What's Left ?

2. Stupid Energies

3. Unwound

4. Howler

5. Smog Thrills

6. K.E.E.N

7. Sold Souls

8. Trail of Glass

Les morceaux sont composés dans un mélange de différents styles aussi brutaux les uns que les autres, qu'on peut qualifier de de Hardcore Punk et de Fastcore. L'album s'ouvre sur "What's Left?", un morceau lourd qui pose l'ambiance de l'album sur un fond de réflexion métaphysique sur ce que nous devenons et la finalité de notre vie et de ce que nous en faisons.

La majorité des pistes durent entre 1 et 3 minutes, ce qui est préférable vu l'intensité de la musique et du chant, en sachant que la finalité de la musique de Struggle Session est d'être jouée en concert. C'est d'ailleurs dans cet esprit que l'album a été enregistré en studio, avec l'ensemble des musiciens dans la même pièce et un enregistrement en "One Shot". Plutôt un bon choix pour recréer l'ambiance du Live.

Ce n'est pas une musique neutre, et ne plaira pas forcément à tout le monde. Bien que cela ne soit pas mon style de prédilection, j'ai retrouvé des éléments intéressant de la culture Punk et également d'autres styles plus lourds. Mais le fait que l'enregistrement et la composition soient bien faits encourage la curiosité et rend le tout agréable malgré la violence à l'état brut de cette musique.

Pour les fans du genre en revanche, et de musique heavy en général, l'album de Struggle Session sera un pure bonheur à écouter en boucle, et donne une bonne idée de ce qui se prépare pour les 2 concerts prévus au Maroc en Juillet 2017.

Globalement, les paroles sont en phase avec le message que veut véhiculer le groupe, à savoir un appel à l'émancipation mentale envers les codes imposés par la société, le rejet en bloc des personnes toxiques et négatives, et également un exutoire pour les pensées noires qui peuvent apparaître lorsqu'on vit dans une grande ville moderne (ou pas).

La couverture de l'album est très réussie et très colorée, "faite main" comme le veut la culture DIY. Il en va de même pour le design du Vinyl et du CD qui sont également un vrai plaisir à regarder, et je suppose à toucher, puisque je n'ai pas encore pu m'en procurer une copie.

Struggle Session Album Cover & Vinyl

VERDICT :

Il s'agit d'un très bon album, en tout cas pour la face B que j'ai pu écouter. Je vous laisserai le soin d'écouter la face A de Die!ChiwawaDie (à partir de la chanson n°9 dans la playlist en dessous) et de vous en faire votre propre idée. C'est très intéressant de voir la démarche globale du groupe sur tous les plans, que ce soit la composition, l'enregistrement, le marketing et également la gestion des relations publiques.

Je n'ai pas réellement trouvé de critiques à adresser ou de points négatifs. Il s'agit d'un travail de pro encore une fois, après, on aime ou aime pas c'est vraiment une histoire de goût et de contexte.

Tout est fait maison, mais avec beaucoup de professionnalisme et de soin, et c'est clairement une démarche dont nos groupes locaux devraient s'inspirer. Je vous recommande d'écouter cet album de bout en bout, voire même de l'acheter sur Bandcamp au format digital, vinyl ou CD.

Ils seront en concert dans quelques jours à Casablanca et à Meknes, accompagnés de plusieurs groupes locaux pour deux shows qui s'annoncent explosifs...